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Obligations légales10 août 2026

Eau au travail : ce que l'employeur doit vraiment fournir

En bref : fournir de l’eau potable et fraîche est une obligation permanente, dès le premier salarié. Depuis le 1er juillet 2025, elle s’est durcie : l’eau doit être fraîche, un moyen de la maintenir au frais doit exister, et un plancher de 3 litres par jour et par travailleur s’applique en extérieur et dans les locaux non climatisés en période de chaleur.

L’obligation de base : R4225-2

C’est le texte fondateur, et il tient en une phrase. L’employeur met à disposition des travailleurs de l’eau potable et fraîche pour leur permettre de se désaltérer et de se rafraîchir.

Trois éléments méritent d’être relevés :

  • Aucun seuil d’effectif. Contrairement au local de restauration, qui n’est obligatoire qu’à partir de cinquante salariés, cette obligation s’applique dès le premier salarié.
  • Aucune condition de saison. Elle ne se réveille pas en juillet. Elle est permanente.
  • Le mot « fraîche ». Il n’a pas toujours figuré dans le texte. Il y a été ajouté par le décret du 27 mai 2025, et il change la portée de l’obligation.

Ce que le décret du 27 mai 2025 a modifié

Le décret no 2025-482 du 27 mai 2025, relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, est entré en vigueur le 1er juillet 2025. Sur le volet eau, il apporte trois évolutions concrètes.

1. L’eau doit être fraîche

Le terme est désormais dans le texte. Un point d’eau tiède, ou un robinet dont personne ne contrôle la température, ne satisfait plus l’obligation.

2. Un moyen de maintenir l’eau au frais doit être prévu

Et pas seulement au moment de la mise à disposition : tout au long de la journée de travail, en particulier pour les postes en extérieur. L’obligation porte donc sur un dispositif, pas sur un geste ponctuel. C’est ce qui distingue une fontaine réfrigérée d’un pack posé le matin dans un coin d’atelier.

3. Un plancher chiffré apparaît

Pour les travaux effectués à l’extérieur ou dans des locaux non climatisés en période de chaleur, la quantité mise à disposition ne peut être inférieure à 3 litres par jour et par travailleur.

C’est le premier volume chiffré du Code du travail sur ce sujet, et c’est ce qui rend l’obligation opposable : jusqu’ici, « quantité suffisante » se discutait. Trois litres ne se discutent pas.

Ce qui déclenche le régime renforcé

C’est le point le plus souvent mal compris. Le déclenchement ne repose pas sur un thermomètre placé dans l’atelier, mais sur la vigilance météorologique publiée par Météo-France : jaune, orange ou rouge pour canicule, sur le département concerné.

Autrement dit, la conformité se suit sur le bulletin de vigilance, pas sur le ressenti des équipes. Une procédure interne qui décrit qui consulte la vigilance, quand, et ce qui se déclenche alors, vaut mieux qu’un rappel affiché en salle de pause.

Le cas particulier des postes pénibles

L’article R4225-3 prévoit que, lorsque les conditions particulières de travail l’exigent, l’eau doit être disponible sur les postes eux-mêmes, et non uniquement dans un local commun.

Cela vise concrètement les postes dont on ne s’éloigne pas facilement : chaînes de production, travaux en hauteur, chantiers, postes de conduite. Sur ces situations, une fontaine bien placée à l’autre bout du bâtiment ne suffit pas.

Comment y répondre, concrètement

Situation Ce qui répond à l’obligation
Bureaux climatisés Une fontaine réfrigérée sur réseau, accessible sans traverser le bâtiment
Bureaux non climatisés Idem, plus une capacité de refroidissement dimensionnée sur le pic d’été
Atelier, entrepôt Fontaine robuste, plus des points d’eau rapprochés des postes fixes
Travaux en extérieur Contenants isothermes remplis sur site, plus un moyen de maintenir l’eau au frais
Postes qu’on ne peut pas quitter Eau apportée au poste, conformément à R4225-3

La fontaine raccordée au réseau coche l’ensemble des cases pour les situations sédentaires : eau potable, réfrigérée en continu, disponible sans limite de volume, sans stock à gérer et sans rupture possible un vendredi de canicule. C’est précisément la faiblesse des solutions en bouteilles ou en bonbonnes : elles sont dimensionnées sur une consommation moyenne, et l’obligation se joue sur les pics.

Les trois erreurs qu’on voit le plus souvent

Compter le robinet des sanitaires comme un point de boisson. Il ne l’est pas, et il ne le deviendra pas en y collant une étiquette.

Dimensionner sur la moyenne annuelle. Une consommation d’eau au bureau double facilement entre un mardi d’avril et un jeudi d’août. Le dimensionnement se fait sur le pic, pas sur la moyenne.

Traiter le sujet en juin. Le décret n’a pas de date d’entrée en vigueur saisonnière : l’obligation d’eau potable et fraîche est permanente, et les délais d’installation d’un équipement ne se compriment pas au moment où toute la région en a besoin.

Chiffrer votre situation

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Questions fréquentes

L'employeur est-il obligé de fournir de l'eau à ses salariés ?

Oui, sans condition d'effectif et sans condition de saison. L'article R4225-2 du Code du travail impose de mettre à disposition des travailleurs de l'eau potable et fraîche pour leur permettre de se désaltérer et de se rafraîchir.

Combien de litres par jour et par salarié ?

Depuis le décret du 27 mai 2025, la quantité ne peut pas être inférieure à 3 litres par jour et par travailleur pour les travaux effectués à l'extérieur ou dans des locaux non climatisés en période de chaleur. Dans les autres situations, aucun volume chiffré n'est fixé, mais la quantité doit rester suffisante.

Le robinet des sanitaires suffit-il ?

Non. Un robinet de sanitaires ne constitue pas un point de boisson : l'eau n'y est pas fraîche, l'accès n'est pas adapté, et rien ne permet de maintenir l'eau au frais comme l'exige désormais le décret.

Faut-il distribuer des bouteilles d'eau ?

Rien ne l'impose. L'obligation porte sur la mise à disposition d'eau potable et fraîche en quantité suffisante et sur l'existence d'un moyen de la maintenir au frais. Une fontaine réfrigérée et des contenants réutilisables y répondent, sans produire le volume de déchets d'une distribution de bouteilles.

Que risque un employeur qui ne respecte pas cette obligation ?

Il s'agit d'une obligation de santé et sécurité au travail. Le manquement peut être relevé par l'inspection du travail et engager la responsabilité de l'employeur, en particulier si un salarié est victime d'un malaise lié à la chaleur. En pratique, c'est aussi l'un des points les plus simples et les moins coûteux à mettre en conformité.